Une première sortie parfaite… ou presque

Ça y est! Notre toute première expérience de sortie entre filles a été vécue. Comment décrire l’émotion que j’ai ressentie le matin même de ce jour? Je ressemblais à une enfant prête à s’envoler pour Disney, et ce n’est pas peu dire! Faut comprendre que pour moi qui suis quadriplégique, je ne pouvais qu’idéaliser ce genre de chose. En effet, je ne conduis pas et le transport adapté ne me permettait pas d’être accompagnée de mes enfants. Les règlements ont changé, merci la vie! Maintenant, je peux prendre d’assaut les villes de Montréal, Laval, Repentigny et Terrebonne.

Je me souviens, dans ma jeunesse, des après-midis passés à faire du shopping. Ma sœur et moi, allions sur Sainte-Catherine accompagnées de maman, dépenser les sous que nous n’avions pas ou simplement pour flâner en mangeant une crème glacée deux couleurs. Eh bien c’est exactement ça que j’ai décidé de faire avec mes filles: un centre commercial. Bon, moins exotique que Montréal, mais pour une première expérience, j’étais assurée que l’endroit serait accessible et que je n’aurais pas de problème. Quoique, lorsqu’on sort magasiner, enfant et imprévisibilité sont souvent des mots indissociables. Bref…

Le matin de notre sortie de filles, j’ai mentionné aux enfants qu’elles pourraient se choisir des trucs pour trente dollars chacune. C’est tout de même une belle somme pour des enfants de sept et huit ans! Ma grande a suggéré d’apporter également de la monnaie provenant de leur p’tit cochon. Elle avait sans doute une idée du pourquoi elle la voulait tant, car elle a insisté pour avoir un minimum de huit caribous. Sans trop poser de question, j’ai acquiescé.

Nous sommes donc parties vers midi en direction des galeries Rive-Nord de Repentigny. Le taxi adapté nous a déposées à l’hôpital Legardeur. En effet, lorsque nous voyageons en externe de notre ville, une escale s’impose. Pas grave, nous avions prévu le coup, elles se sont apportées un livre chacune. Nous avons attendu un court vingt minutes.

Arrivées à destination, elles ont choisi, pour commencer, d’aller à l’animalerie où ma plus jeune voulait acheter tous les animaux afin de les libérer et d’en garder quelques- uns. Je riais en imaginant mon chum arriver le soir avec, pour nouveaux amis, un gecko, des rats pas d’poil, un chinchilla, etc. Je dois vous dire qu’à la maison nous avons une chatte Minskin et pour lui, c’est bien assez! Après l’heure à saluer chaque bestiole, ma grande m’explique le pourquoi des sous caribou qu’elle souhaitait apporter. Elle me pointe les interdites distributrices de bonbons. On se l’avoue, chers parents, ces machines sont des pièges à cash! Faut dire qu’au magasin un dollar situé juste en face, on vend les mêmes sucreries pour beaucoup moins! Quoiqu’il en soit, leur désir de mettre le sous, tourner la roulette et récolter les bonbons aux saveurs surprises était bien plus fort que la raison. La joie exprimée sur leur visage valait cette maigre pièce. De plus, j’étais la meilleure maman du monde. Les filles étaient si belles à voir.

Dîner, lèche-vitrine, promenade et crème glacée, nous sommes allées ensuite dans un commerce de vêtements pour enfants. Et là! Elles ont découvert quelque chose de nouveau. Car depuis longtemps, nous recevons des vêtements usagés, et nous fréquentons les friperies, puis nous redonnons à la communauté lorsque le tout ne fait plus. Nous avons pris le temps de tout regarder. Elles pouvaient faire ce qu’habituellement nous ne faisons pas, c’est-à-dire essayer ce qu’elles trouvaient cool dans de vraies cabines. Ma plus jeune a eu l’idée de faire une parade de mode et ma grande a suivi sa sœur avec excitation. Comme nous étions seules dans la boutique, les vendeuses ont aussi assisté au défilé. Robes, chandails, shorts aux couleurs licornes définissaient bien cette journée magique mère-filles! Le temps a passé tellement vite. J’ai regardé l’heure et, oups! Il était déjà l’heure de partir. Notre transport arrivait pour 16 heures. J’ai donc demandé aux filles de prendre rapido les articles qu’elles payaient et go à la caisse.

Sourire aux lèvres, nous avons regardé les articles que nous avons achetés, parlé de ce qu’on avait aimé et de la fameuse machine de bonbons à 0.25$. Un homme s’est approché et nous a fixé d’un regard insistant, quasi intrusif. Je me suis dit: ‘’ Oh non! Quel commentaire vais-je recevoir!? ’’ Lorsque je sors, particulièrement dans les centre commerciaux, je suis sujette aux questionnements des gens. Pourquoi je suis en fauteuil, qu’est ce qui m’est arrivé, etc. chose qui m’amuse en général car j’ai l’impression, en répondant sans tabou, de contribuer à une société ouverte et inclusive. Donc, après une ou deux minutes interminable à me dévisager, l’homme m’a abordée: ‘’Soleine Démétré?!’’ Oh, il me connait? ‘’Transport adapté.’’ me répond-il. Oh! (rires) mille excuses cher monsieur, je pensais recevoir un commentaire ou une question sur mon état, me dis-je. Je suis soulagée! J’ai demandé aux enfants de remettre leurs trucs dans leur sac et de se déplacer vers le taxi. L’homme a déployé la rampe d’accès avant de m’aider à monter dans le véhicule. Il a demandé à mes filles d’attendre avant d’embarquer à leur tour. Il m’a regardé d’un air neutre, puis a fixé mes filles… une fois, deux, trois, puis quatre… (Malaise)

‘’C’ta toi ça ?’’ me dit-il en pointant mes deux merveilles du menton.

Je fais oui de la tête, en affichant mon plus beau sourire, mais en soupirant un peu. Non monsieur, svp ne gâchez pas mon moral… Il a finit par donner la permission à mes enfants de s’asseoir et s’attacher.

‘’ Pis y’ont tu eu de la misère à t’accepter d’même?!’’

Bam! Il a finalement sorti cette phrase de sa bouche telle une boule lancée d’un canon laissant planer une brume grisâtre venue assombrir cette journée idyllique. Comment de même ? Ma plus grande me lance une paire de yeux remplie de points d’interrogation. Je n’ai pas eu le choix de rétorquer quelque chose: ‘’ Ouais! Je sais, les mères blondes sont pas facile à accepter’’ Question idiote, réponse idiote. Je me suis sentie un peu mal de m’être abaissée à son niveau niais mais je voulais clore cette pauvre discussion rapidement. Seule, j’aurais été du genre à répliquer une phrase intelligente, vive de sens pour faire comprendre que fauteuil, pas de fauteuil, l’humain à qui on s’adresse est sensible aux commentaires désobligeants. Ce type d’individu mérite qu’on s’y attarde car je sens une responsabilité envers le prochain parent en situation de handicap qui usera de son service. Sauf que par le fait même, je ne voulais pas partir un débat, avec mes filles pour témoins. Je voulais rester sur mon nuage rose de première sortie seule avec elles.

Mais je peux en parler avec vous. Sérieusement, à quoi servait ce commentaire? Vous, parents bipèdes, vous auriez répondu quoi à cet homme? Je me cherche des munitions pour les prochains weirdos à me lancer ce genre de chose!

P.S. Notre journée en reste une merveilleuse malgré tout! 😉

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