Éducatrice spécialisée: les risques du métier

Au cours des dernières semaines, une dizaine d’employés du système de santé du Québec ont été agressés au travail. Ce midi, un des sujets de l’émission de radio d’Isabelle Maréchal au 98,8 fm traitait des nombreux cas de salariés en arrêt de travail pour agression physique et psychologique sur leurs lieux de travail. En écoutant les différents témoignages, j’ai eu le motton dans la gorge. Je suis technicienne en éducation spécialisée en milieu scolaire et je me fais agressé quasi-quotidiennement.

« Les commentaires du CISSS des Laurentides sont attendus alors que c’est la deuxième fois en trois semaines que des membres du personnel se font agresser et blesser sur leurs lieux de travail. »

https://www.cime.fm/nouvelles/sante/283479/deux-infirmieres-blessees-et-agressees-par-un-patient-a-lachute

Quand l’éducation devient risquée

Vous me direz que j’ai étudié pour travailler avec une clientèle à risque, que j’ai fait le choix de consacrer ma carrière à ces jeunes en grandes difficultés et je vous le donne. J’aime mes élèves comme s’ils étaient mes propres enfants et c’est ce qui est le plus dangereux dans mon métier. Comme la plupart des intervenants des différents réseaux, nous sommes des gens de coeur, empathiques et dévoués et avons parfois voire souvent de la difficulté à mettre nos limites parce qu’on veut toujours le bien des autres. Cependant, qu’en est-il de notre intégrité physique? Il en revient à qui de nous protéger?

L’an dernier, j’ai subit une agression physique par un élève, j’ai eu plusieurs mois de physiothérapie et d’ergothérapie et j’en garde encore des séquelles physiques. J’ai été arrêtée 2 semaines pour ensuite revenir en travaux légers le tout payée par la CNESST. J’étais tellement écoeurée de me faire traiter en coupable que j’ai tout fait pour accélérer le processus de retour au travail malgré la douleur persistante. Tannée de tout, brûlée par toute la bureaucratie mais aucun soutien en échange.

Brûler la chandelle par les deux bouts

Nous travaillons dans des conditions pas toujours évidentes malgré nos congés payés du temps des fêtes et nos deux mois sur le chômage durant l’été. Le manque de personnel, le manque de personnel formé, les arrêts de travail, les classes pleines au bouchon, les cas de plus en plus lourds et de moins en moins de relève. J’ai souvent rêvé d’exercer mon métier jusqu’à la retraite (en 2047 plus précisément) mais j’en doute fortement. Je ne serai probablement physiquement et psychologiquement plus capable. Les coups, les claques, les égratignures, les morsures, les crachats et les cris sont épuisants même si nous avons fait ce choix de carrière.

« Selon nos informations, le patient est un homme qui souffre de problèmes de santé mentale »

https://www.cime.fm/nouvelles/sante/283479/deux-infirmieres-blessees-et-agressees-par-un-patient-a-lachute

Je sympathise avec tous ces employés qui subissent de la violence au quotidien. C’est rough et c’est trop souvent banalisé. On remet en cause les interventions, on justifie par les troubles de santé mentale, on tente de justifier toute cette violence jusqu’à en oublier les victimes de ces gestes sournois qui nous affectent pas mal plus qu’on pense. Quand les gouvernements coupent dans les budgets en éducation, en santé, et dans les services en psychiatrie, quand ça prend plus d’un an pour recevoir des services, quand les parents sont épuisés, quand les lois sont décidées sans nous consulter, ça créé des professionnels à bout de souffle, aigris par le système et surtout rarement écoutés.

9 commentaires sur “Éducatrice spécialisée: les risques du métier

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  1. Bonjour

    Lorsqu un usager en deficience intellectuelles avec troubles de comportements frappe une personne en autoritee cette dernière peux t elle poursuive la famille d accueuil de l usagere????

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  2. Je crois que l’idéal serait d’avoir des agents formé pour intervenir dans les ecoles spécialisés ça sécuriserait les éducatrices et les élèves aussi j’en suis sure

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  3. Ouf! Quelle description juste de notre réalité quotidienne. Je compte 30 ans en intervention dont 13 dans le milieu scolaire. Selon moi, nos enfants sont de plus en plus souffrants, anxieux, préoccupés et non disponibles aux apprentissages. Sans mettre la cause sur les parents , puisque je crois vraiment que c’est un problème sociétaire, ces derniers exigent de moins en moins de leur enfant puisqu’ils ne savent plus prendre leur place de parents. Notre réalité, c’est que les enfants rois ont mis au monde des grands rois. Ces précieux ne doivent vivent aucune frustration, aucune contrariété, aucune difficulté, etc. Étant donné qu’on ne veut pas les voir souffrir, on les protège d’un danger souvent inexistant. On demande au milieu de s’adapter à lui et non l’inverse. Sans compter qu´on leur rappelle constamment qu’ils ont des droits mais on oublie de leur rappeler qu’ils ont aussi des devoirs. Nous avons peur de les reprendre sans doutes parce qu’on vit de la culpabilité , qu’il n’a pas lieu d’être. On vit dans un monde de performance dont l’être humain est au second plan. Au lieu de responsabiliser nos enfants de leur action, on préfère les expliquer, afin de minimiser leur responsabilité. Ce qui fait que nos enfants ne se remettent jamais en question.
    En terminant, je confirme que le milieu scolaire est en crise et qu’il faut y travailler pour voir à quel point. Si nous n’agissons pas rapidement, je m’inquiète sincèrement pour la génération de demain.

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  4. C’est le métier que j’ai choisi…
    Moi je travaille avec les jeunes du primaires depuis plus de 20 ans et sur ça 17 ans avec les jeunes ayant des difficultés graves des comportements.
    Auparavant, on avait des vrais
    TC = (code 12) TGC » = (code 14).

    Maintenant la clientèle devient de plus en plus complexe. on ajoute à cela le TDAH avec tout les troubles associés, psychopathologies , trouble de l’attachement, anxiété de toute sorte et j’en passe…
    Il augmente le nombre d’élèves par classe. Ne se préoccupe pas de la diversité des nombreuses
    problématiques dans la même classe. Donc plus de crise, car un devient l’élément déclencheur de la crise de l’autre et ça se contamine….
    Moi je suis en arrêt de travail depuis près de 3 ans pour 2 accidents de travail. Le même jeune m’a blessé les deux genoux.
    J’ai du être opéré et je serai opéré à nouveau dans 3 semaines pour une reconstruction du genou…

    Maintenant je ne pourrai plus travailler avec cette clientèle en lien avec les limitations fonctionnelles que ça amène.
    Ce qui est le plus triste, c’est que j’ai aussi perdu la capacité de jouer avec mes enfants et de poursuivre les activités que je pratiquais avant.

    Et malheureusement on ne peut rien changer, aucun support, aucune compensation autre que la CNESST. On ne peut même pas actionner les parents et aucun excuse de leurs parts….

    Je suis choqué, peiné et découragé…

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  5. Je suis TES en milieu scolaire depuis 18 ans, 11 ans au primaire et j’en suis à ma 7e année au secondaire. J’ai vécu aussi des épisodes de violence physique il y a de cela quelques années. Après un arrêt de travail de 3 mois, j’ai réalisé que le problème était que je tentais de répondre non pas aux besoins des enfants mais plutôt aux besoins du cadre scolaire ( demandes des enseignants, directions, évaluations etc…) lorsque j’ai mis tout cela de côté et que je me suis centrée sur les
    besoins des élèves et que j’ai investi mon temps à créer un lien d’attachement avec eux, je n’ai plus vécu de violence physique. Maintenant, je les accompagne dans ce qu’ils vivent, je développe une relation de confiance entre eux et moi et je peux maintenant affirmer qu’à chaque jour je fais une différence dans leurs vies. C’est pourquoi j’ai choisi ce si beau métier qu’est l’éducation spécialisée!

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  6. Bonjour! Le 17 septembre dernier, j’ai reçu un coup de pied au visage par un élève de maternelle… résultat, commotion cérébrale et entorse cervicale… résultat: depuis, je suis en arrêt de travail car il n’y a pas une journée où je n’ai pas eu de maux de tête… j’ai l’impression d’avoir perdu le contrôle sur ma vie…

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